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Passions et gourmandises
Di Anne Eveillard - Versione integrale dell'articolo su LTI - Les Tendances Internationales 10 (10 2008)

Il s’etait donne deux ans pour decrocher sa premiere etoile au michelin. Finalement, richard toix l’a obtenue en neuf mois ! Son restaurant est une curiosite a decouvrir...
C’est un hasard qui l’a conduit jusqu’au village de Saint-Benoît. “ Cela faisait quinze ans que nous étions installés, ma femme et moi, à Lencloître, dans la Vienne. Mais nous ne possédions que le fonds de commerce de notre restaurant et n’avions pas la possibilité de nous agrandir ”, raconte le chef Richard Toix. Alors, avec son épouse, Laure, ils ont commencé à sillonner la région. “ C’est un banquier qui m’a parlé, début 2007, d’un restaurant qui cherchait un repreneur dans le ravissant village de Saint-Benoît, à cinq minutes du centre de Poitiers : un village très prisé, car entouré d’eau, se souvient-il. A première vue, le lieu n’avait rien de très excitant : c’était un ancien squat... ” Malgré cela, l’occasion était trop belle, et Richard Toix s’est lancé dans l’aventure.
“ Nous avons tout cassé et tout métamorphosé ”, confie-t-il. C’est vrai qu’il ne reste rien des vestiges d’autrefois, excepté la rivière qui coule au fond du jardin. Désormais, le restaurant affiche un décor résolument contemporain, dont le mobilier épuré se mêle à de hautes vitrines qui abritent huiles, vinaigres et autres épices, les murs associent pierre et métal, des écrans plasma côtoient des photos de roses et de coquelicots et une ravissante terrasse s’étend sur 300 m2. “ Côté déco, nous avons tout fait nous-mêmes, y compris les éclairages, assure Richard Toix sans une certaine fierté. J’ai dessiné tous les meubles avant d’aller voir l’ébéniste. Il n’y a que pour le choix des couleurs que nous avons sollicité les conseils d’un architecte d’intérieur. ”
L’art de vivre au rendez-vous
Le résultat ? Un restaurant atypique au cœur de la Vienne, que le couple Toix a joliment baptisé “ Passions et Gourmandises ”. “ J’ai trouvé ce nom avec la complicité de ma femme et de nos deux enfants, explique Richard Toix. Il reflète l’esprit de notre établissement, une table conviviale, où l’art de vivre est au rendez-vous. ” Art de vivre et art de recevoir, car aucun détail n’a été laissé au hasard ; l’argenterie a été confiée à un designer lyonnais, les assiettes ont été réalisées par une artiste clermontoise qui travaille sur la lave, la tenue du personnel se compose d’un long tablier, d’une chemise colorée et d’une cravate au nœud volontairement lāche... Bref, ici, personne ne se prend au sérieux, ni en salle ni en cuisine.
Pourtant, c’est cette même cuisine qui a conquis les inspecteurs du Guide Michelin. “ Une cuisine simple et sans OGM, renchérit Richard Toix. Nous mettons en avant le produit ; nos viandes sont labellisées, nos poissons, sauvages, et nous veillons à respecter la saisonnalité des produits travaillés. Il ne s’agit pas de proposer des cerises en hiver et des saint-jacques en été ! ” Ajoutons à cela un soupēon de cuisine moléculaire, un somptueux chariot de fromages - quarante-cinq variétés sont proposées -, le choix parmi cinq pains et une cave qui compte quatre cents références. Et puis, les fans viennent et reviennent chez Richard Toix pour sa tête de veau et son huître à l’échalote, deux plats phares de Passions et Gourmandises.
L’authenticite avant tout
Formé, notamment, chez les frères Roux, à Londres, Richard Toix se considère avant tout comme un autodidacte, et part du principe que “ tout ce qui est proposé à la carte est produit chez nous ”. Même le pain ! Et c’est sans aucun doute l’authenticité, la sincérité et la simplicité de son travail qui ont été récompensées, cette année, avec une première étoile au Michelin. Le chef s’était donné deux ans pour la décrocher ; il l’a obtenue en neuf mois seulement. Un bel exploit !
Membre de l’association Générations.C (voir encadré), Richard Toix milite pour une nouvelle approche de la restauration. C’est aussi pour cela qu’il ne qualifie pas son établissement de “ restaurant ” mais plutôt de “ table et boutique ” : “ C’est plus épicurien ”, dit-il. Et sa mobilisation ne s’arrête pas là : il projette d’ouvrir un hôtel qu’il appellerait “ Passions et Gourmandises côté nuit ” et cherche à développer une activité de traiteur, “ pour mettre en scène une cuisine spectacle ”. Vous l’aurez compris, Richard Toix ne se repose jamais sur ses lauriers. Sans cesse, il invente, teste et expérimente. Si bien qu’actuellement sa carte change tous les mois, une rareté sur la piste des étoilés.
